masque antipollution en Chine

La mode forcée du masque antipollution en Chine

Le niveau de la pollution atmosphérique en Chine est devenu l’un des sujets les plus intensément débattus aujourd’hui, à tel point que le gouvernement chinois a décidé de mettre cette problématique à l’ordre du jour de la douzième Assemblée Nationale Populaire (ANP) qui s’est déroulée le 5 mars 2016 à Pékin. En 2014, le Premier ministre de la République populaire de Chine, Li Keqiang, déclarait « la guerre à la pollution » lors de la session plénière de l’Assemblée Nationale Populaire. Mais trois ans plus tard, le niveau de particule moyen dans l’air des villes Chinoises ne respecte toujours pas les taux fixés dans les lignes directrices de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur la qualité de l’air ambiant (la limite pour une moyenne annuelle des PM 2,5 étant fixée à 10 μg/m3.) Comme le démontre cette infographie, Pékin a enregistré en 2016 un taux de pollution moyen 7,3 fois plus élevé que le seuil recommandé par l’OMS.

Alors que les problèmes environnementaux font rage, la croissance fulgurante du marché des appareils de protection respiratoire incluant les purificateurs d’air et les masques antipollution, offre des opportunités commerciales exceptionnelles sur le marché du plus gros pollueur mondial. La pollution atmosphérique en Chine engendre une offre croissante de produits sur le marché des masques antipollution, appelés Kouzhao en Chinois (口 罩)). L’offre existant comporte de nombreux modèles, incluant les masques en coton déclinés en plusieurs coloris, les masques chirurgicaux ou encore les masques filtrants hauts de gamme. En 2014, certains responsables publics envisageaient d’offrir gratuitement aux résidents Shanghaiens, des masques antipollution, après que le principal centre financier de Chine « eu souffert d’un des pires records de pollution dans l’air » rapporte The Telegraph. La présence de particules fines PM 2,5 dans l’air (particules de 2,5 micromètres de diamètre) avait atteint un niveau 20 fois plus important que la limite fixée par l’OMS. Ce record est particulièrement inquiétant quand on sait que ces particules provoquent des problèmes cardiovasculaires et des cancers des poumons. Même si la qualité de l’air tend à s’améliorer, la Chine reste encore dépendante du charbon, principale ressource énergétique du pays (à hauteur de 70 %), mais également la cause principale de la pollution en Chine (40 % du nuage pollué se trouve à Pékin). Bien que le charbon reste la principale source de pollution de l’air en Chine (33 % de la pollution atmosphérique est liée à son exploitation) 200 nouvelles centrales verront le jour dans les quatre coins de la Chine, augmentant de 20 % la production de charbon durant les trois prochaines années, selon le site Internet ABC.Net.

En décembre 2016, le nord de la Chine (dont Pékin, Tianjin et environ 70 autres villes Chinoises du Nord) fut, pendant des semaines, étouffé par un épais nuage toxique, fortement concentré en PM 2,5. Ce fut l’un des pires épisodes de pollution atmosphérique qu’a connu le pays, touchant 460 millions de personnes.

« L’alerte rouge » fut déclarée dans 24 villes, entrainant la fermeture de nombreuses écoles et aéroports, une limitation de la circulation automobile ainsi que la demande aux citoyens de rester chez eux. Cette mesure a fait exploser la demande en ligne de masques filtrants, systèmes de contrôle de pollution, filtre à air, purificateurs et autres gadgets anti pollution, à tel point que les entreprises et les marques de e-commerce ont enregistré un nouveau record, comme explique Reuters.

La lutte contre la pollution créée de nouvelles opportunités de croissance pour les entreprises : la vente de masques explose chaque hiver en Chine (plus précisément de décembre à avril). Durant cette période de l’année, la pollution atmosphérique grimpe en flèche notamment au nord-est de la Chine, foyer des sept des dix villes les plus polluées. Un article du Global Times a écrit qu’en décembre 2016, le site de e-commerce chinois JD.com a vendu, en l’espace de cinq jours seulement, 110 000 purificateurs d’air et plus de 15 millions de masques filtrants de marque américaine. En Chine, les marques occidentales dominent largement ce marché florissant. De nombreuses marques chinoises et japonaises d’entrée de gamme à milieu de gamme commercialisent des produits à bas coûts pour tenter d’obtenir leur part du gâteau.


LE DEVELOPPEMENT DU NUCLEAIRE CIVIL EN CHINE


Bilan de l’industrie chinoise des masques antipollution en Chine

Depuis 2012, la demande chinoise de masques en volume ne cesse de croitre. Les médias officiels chinois ont estimé le marché des masques anti pollution à 4 milliards de yuans (environ 565 millions d’euros) en 2015. Avec l’amélioration des conditions de vie des citadins et le développement de la classe moyenne, la population tend à prendre conscience de l’importance de se protéger contre la pollution, notamment pour les jeunes enfants.

Les fabricants de masques chinois sont majoritairement localisés à l’est du pays. Le Bohai Rim, la région du delta du fleuve Yangzi ainsi que la région du delta de la rivière de Perle constituent les principales zones de production du pays. La province de Shangdong, cœur de l’industrie du masque en Chine abrite Dadian, hub de production surnommé le « village des masques » en raison de sa production de masque dont les prix défient toute concurrence.

Les 310 entreprises spécialisées dans la transformation et la finalisation des masques anti pollution située au sein de Dadian, ville de Jiaozhou dans la province de Shandong, enregistre une capacité de production annuelle de 1 million de pièces engendrant pas moins de 1,2 milliard de yuans (174 millions de dollars), soit 32 % des parts de marché national.

À l’heure actuelle, on trouve un masque anti pollution classique à tous les coins de rue pour un prix variant de 1 ou 2 CNY (0,15 à 0,40 $) à 30 à 40 CNY (4,5 à 5,8 $). Ils sont souvent fabriqués à partir de coton, de charbon actif ou autres matériaux. Avec l’augmentation des salaires et du niveau de vie, les Chinois sont de plus en plus conscients des enjeux environnementaux et de santé publique. Les Chinois sont plus enclins à se procurer des produits haut de gamme et efficace contre les effets néfastes de la pollution sur leur santé, tels que les masques de marque Vogmask ou Cambridge, proposant des produits allant de 150 à 250 CNY. Pour satisfaire la demande grandissante chinoise, les nouveaux entrants sur le marché tels qu’Airinum proposent des produits hauts de gamme, élégants avec des filtres jetables de qualité.

Le comportement du consommateur face à la pollution

« En Chine, les gens font semblant ou sont convaincus que ceci est utile. C’est un comportement de masse » indique Wong Chit Ming, chercheur à l’Université de la santé publique de Hong Kong. « Vous pourriez vous sentir mieux, mais en réalité il n’existe aucune preuve irréfutable que cela peut aider ». Ce type de comportement est souvent observé chez les consommateurs chinois, directement concernés par les effets néfastes de la pollution.

Selon lui, l’achat d’un masque antipollution répond avant tout au besoin des consommateurs d’être actifs face au problème de la pollution de l’air, et comporte un aspect psychologique plus que pratique.

Les préférences d’achats

L’association du commerce du textile en Chine a officiellement publié les nouvelles normes auxquelles les masques PM2.5 devront se soumettre. Les normes ont été mises en place le 1er mars 2016. Avant cette date, la Chine ne possédait aucune réglementation qualitative dans le secteur des masques anti pollution or la plupart des masques présents sur le marché, promettant de réduire à 99 % l’exposition aux particules fines PM 2,5, étaient en réalité inefficace.

Le marché du masque antipollution en Chine est perturbé par la présence d’un trop large choix de masques, tant sur Internet que dans les points de vente. Les masques basiques, simples d’utilisation, sont les plus recherchés. Par ailleurs, la majorité des Chinois préfèrent les masques en coton bon marché offrant une protection limitée. De plus, selon une étude menée par Daxue Conseil, les masques respiratoires haut de gamme ne correspondent pas forcément aux problèmes de pollution rencontrés en Chine. Même les entreprises bénéficiant du boom chinois des Kou Zhao admettent que leurs masques ne sont pas à 100 % fiables.

En dehors des traditionnels masques en coton, les masques anti pollution constitués de filtres au charbon actif entièrement recyclables et réutilisables, sont des produits très demandés sur le marché chinois. Selon plusieurs recherches, le marché chinois des masques fonctionnels n’a pas su séduire les consommateurs à cause de son apparition tardive. Cependant, il prend lentement mais sûrement, de plus en plus d’ampleur.

L’avenir du  masque antipollution en Chine

On assiste à un accroissement de la demande tant pour les masques fonctionnels que confortables. Afin de proposer la protection la plus optimale, beaucoup de mesures ont été prises, à tel point que les masques fonctionnels sont devenus des produits de haute technologie. De ce fait, le produit gagne proportionnellement en valeur ajoutée. Par exemple, les masques protégeant des bactéries et des virus devraient être plus ergonomiques. Évidemment, la disparition totale de ces menaces ne pourra pas se faire en un jour. C’est pourquoi le marché du masque semble connaitre une croissance sans précédent, apportant un nouveau souffle au secteur du masque antipollution.

Beaucoup d’investisseurs sont séduits par cette opportunité, on estime que la valeur du marché chinois des masques fonctionnels atteindra pas moins de 10 millions de CNY dans les cinq prochaines années.


VOIR AUSSI NOTRE ARTICLE AU SUJET DE L’IMPACT DE LA POLLUTION SUR LE MARCHÉ DU TOURISME EN CHINE


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