Avocat en Chine

Le marché de l’avocat en Chine va-t-il enfin décoller ?

L’avocat, également appelé « poire alligator » (鳄黎), est un fruit originaire du Mexique et d’Amérique centrale. En Chine, son goût particulier lui a donné le nom de « Níu Yóu Guo » (牛油果), traduit littéralement par « fruit à beurre ». Ses vertus nutritives le classent dans la catégorie des super-aliments, qui possèdent de nombreuses propriétés bénéfiques pour la santé.

Les Occidentaux sont férus d’avocat. Aujourd’hui, des millions de photos d’avocats circulent sur Instagram. Toutefois, le fruit aux « bons gras » ne jouit pas d’une telle popularité en Chine. Depuis le début des années 1990 jusqu’en 2012, les avocats étaient principalement vendus aux hôtels à Canton, Pékin et Shanghai. Majoritairement inconnu il y a encore quatre ans, ce fruit est progressivement devenu populaire dans les villes de premier rang. Mais les avocats vont-ils conquérir le cœur du grand public en Chine ?

Pourquoi l’avocat a de grandes chances de s’imposer en Chine

marché de l'avocat en ChineLes chiffres parlent d’eux-mêmes. Les Chinois ont consommé 127 fois plus d’avocat entre 2010 et 2014 et les importations ont bondi de 376 % en 2014. Lors du premier trimestre 2015, les entreprises chinoises enregistraient déjà une augmentation de 486 % des importations en provenance du Mexique par rapport au premier trimestre de l’année 2014. Ainsi, les producteurs semblent plutôt optimistes sur l’avenir de ce marché. Jim Provost, vice-président de la première entreprise productrice d’avocats importés à destination de la Chine, Lantao International, prévoit que « la demande d’avocat connaitra un taux de croissance à deux chiffres lors des deux prochaines années. »

La dynamique du marché de l’avocat en Chine attire de plus en plus les entreprises internationales. Encore depuis peu, le Mexique et le Chili bénéficiaient du monopole des exportations à destination de la Chine, or, depuis juin 2015, le Pérou est autorisé à exporter sa production d’avocats jusqu’au territoire Chinois. Ainsi, le premier porte-conteneur d’avocats péruviens fraichement cueillis amarra mi-septembre 2015 au port de Shanghai.

Plus récemment, la Nouvelle-Zélande a elle aussi exprimé son désir de rejoindre ce cercle fermé d’exportateurs agréés. « Le marché chinois constitue une véritable opportunité pour les avocats néo-zélandais, dont la production gagne en productivité et en volume. Pour l’instant, nous ne rentrons pas encore dans les normes phytosanitaires imposées par la Chine, mais nous avons tout de même la volonté de comprendre ce marché et d’établir une relation commerciale sur le long terme » rapporte la PDG de l’entreprise New Zealand Avocado, Jen Scoular.

Les consommateurs chinois sont de plus en plus à la recherche d’aliments sains ayant un bénéfice pour la santé.  Comme en témoigne l’indice de confiance des consommateurs mondiaux de Nielsen, les consommateurs chinois urbains considèrent désormais leur santé, devant le montant de leur salaire, comme étant leur priorité.

Les consommateurs chinois sont prêts à dépenser plus pour des produits sains leur permettant de rester en forme. Surfant sur cette vague « healthy », les distributeurs vantent les multiples vertus nutritives de l’avocat, contenant tous les acides gras non saturés, les protéines, les vitamines et minéraux nécessaires à l’organisme. Dans le but d’éduquer les consommateurs chinois, les supermarchés et les distributeurs locaux redoublent d’efforts en organisant de nombreuses séances de dégustations, en offrant des bons d’achat, ou encore en les informant sur la manière de reconnaitre un avocat mûr et sur ses méthodes de préparation. Les Chinois aiment l’accompagner de sauce soja, de nouilles ou encore l’incorporer dans des desserts ou des smoothies. De plus en plus de consommateurs partagent leurs expériences et leurs recettes sur les réseaux sociaux. Les restaurateurs commencent eux aussi à intégrer ce fruit à leurs menus.

La tendance de l’avocat a commencé aux États-Unis, puis en Australie, notamment depuis le lancement en 2015 des tartines d’avocat dans l’offre petit déjeuner gourmet des restaurants McDonald Australiens. L’engouement pour ce fruit tendance s’est poursuivi jusqu’au Japon, où il a également rencontré un franc succès. Ron Araiza, vice-président du département des ventes de Mission Produce, explique que les Japonais et les Chinois connaissent et consomment plus ou moins les mêmes fruits. Dans les deux pays, il est courant d’offrir des fruits en cadeaux et d’en manger pour rester en bonne santé. Étant donné le succès rencontré par les avocats au Japon, le marché chinois présente un énorme potentiel selon les importateurs.

Les raisons de douter d’un tel succès sur le long terme en Chine

En Chine, l’apport nutritionnel de l’avocat constitue le principal argument de vente. Cependant, la majorité des consommateurs restent sceptiques vis-à-vis de ce fruit. Son goût, ni aigre, ni sucré constitue un des principaux freins d’achat. Victime de ce goût indescriptible, l’avocat ne rencontre pas le même succès sur le territoire que d’autres fruits tropicaux ou subtropicaux tels que la mangue ou le durian. Certains consommateurs chinois partagent leur expérience culinaire sur les réseaux sociaux relevant qu’« il n’a pas vraiment de goût ». D’autres internautes plus radicaux le jugent comme étant le « fruit qu’ils détestent le plus ». L’avocat est loin d’avoir fait l’unanimité dans le cœur des Chinois.


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Le fruit de l’avocatier rentre dans la catégorie de « superfood » (super-aliments), cependant, est-il si bénéfique pour la santé ? Les avocats sont indéniablement nutritifs : ils regorgent de vitamine E et B, de potassium de fibres et de protéines. Néanmoins, la valeur calorique de l’avocat reste plutôt élevée par rapport à certains fruits notamment à cause de sa forte teneur en matière grasse, toutefois pauvre en cholestérol. En moyenne, un avocat contient 250 calories, et l’ajout d’une moitié d’avocat dans un smoothie augmente sa valeur calorique de 140 calories. Étant donné que 45 % des Chinois interrogés se jugent comme étant en surpoids, le principal objectif des consommateurs est de garder la ligne. Les avocats ne semblent pas être le remède miracle à leur problème de poids.

L’impact environnemental de la culture d’avocatier constitue un second inconvénient. Au Mexique, premier producteur mondial d’avocat, la culture d’avocatier pourrait encourager de manière indirecte la déforestation clandestine ainsi que la dégradation de l’environnement. Selon le marché actuel, la culture d’avocatier reste plus rentable que d’autres récoltes, ainsi les agriculteurs détruisent des forêts entières de pin au profit des avocatiers. Cette culture est aussi extrêmement gourmande en eau : 272 L d’eau sont nécessaires pour produire 500 g d’avocat. La culture de l’avocatier met en péril les ressources locales d’eau potable, un point que la Chine pourrait bien être amené à régler. En effet, les agriculteurs se lancent eux-mêmes dans la culture d’avocat dans plusieurs provinces du sud et sud-ouest de la Chine, ce qui risque d’empirer les problèmes de pénuries d’eau. De plus, dans l’hypothèse où ni le gouvernement mexicain ni le gouvernement chinois ne sévit l’industrie de l’avocat sur son impact environnemental, l’approvisionnement du marché de l’avocat pourrait être compromis provoquant ainsi une augmentation sensible des prix à l’échelle mondiale.

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