Daigou à Haitao en Chine

De Daigou à Haitao en Chine: Evolution des pratiques d’achat des produits étrangers

De Daigou (代购) à Haitao (海淘en Chine

La croissance effrénée de la classe moyenne émergente en Chine continue à se développer et à se sophistiquer. En effet, les représentants de cette classe moyenne deviennent de plus en plus exigeants et demandent de la qualité. Après les scandales survenus autour de la nourriture, de la sécurité ou de la santé, les Chinois n’ont plus confiance en leur propre pays et préfèrent acheter à l’étranger.

De nos jours, il existe deux façons d’obtenir des produits étrangers : Daigou et Haitao en Chine.

Daigou (代购)

Traduit littéralement, Daigou signifie « acheter au nom de ». Le terme de Daigou désigne les Chinois qui profitent de leur séjour ou de leur voyage en Europe ou ailleurs pour acheter des produits de luxe pour le compte d’un « client » resté en Chine, à un prix bien sûr inférieur de celui affiché dans les magasins chinois. Le Daigou peut-être n’importe qui, vous, moi, vos amis, des étudiants chinois… Toute personne basée à l’étranger, dans des grandes villes comme Paris, Londres, Séoul, Tokyo et New York, qui achète des produits, principalement des produits de luxe, mais aussi des produits d’épicerie, pour un client de Chine continentale.

Ce n’est pas une tendance nouvelle. Cette pratique a commencé avec les membres d’équipages des compagnies aériennes qui profitaient de leurs voyages fréquents et de leur facilité à passer les frontières. La vigilance des services douaniers envers cette population particulière a mis un terme à ce secteur, sans toutefois l’arrêter complètement. De nos jours, des étudiants ainsi que des touristes chinois financent une grande partie de leurs séjours et voyages à l’aide de ces reventes.

Aujourd’hui la classe moyenne chinoise comporte 400 millions de personnes, qui gagnent entre 60 000 et 230 000 RMB par an. Parmi eux, 146 millions sont considérés comme appartenant à la classe moyenne « supérieure », dite « de confort », et gagnent entre 106 000 et 230 000 RMB par an. Les 254 millions restant sont considérés comme appartenant à la classe moyenne de masse et gagnent entre 60 000 et 106 000 RMB par an. La classe moyenne chinoise devient de plus en plus sophistiquée, le mode de consommation des Chinois a beaucoup changé, et avec les scandales survenus en Chine cette classe moyenne accorde davantage d’attention à son environnement. Il ne fait aucun doute qu’ils retrouvent dans les produits importés ce à quoi ils aspirent : la garantie d’une « meilleure qualité de vie ».

Les Chinois adorent les produits cosmétiques, de luxe et d’épicerie, mais ce n’est pas seulement les scandales survenus en Chine qui les poussent à acheter à l’étranger. C’est aussi en raison des lourdes taxes d’importation et de consommation : par exemple un sac Longchamps du modèle « Pliage » coûte 76 € en France, mais 151 € (1100 RMB) en Chine, soit le double. Les plates-formes de réseaux sociaux comme Wechat et Weibo sont d’importants acteurs de cette activité de commerce électronique. L’agent Daigou peut en effet publier des photos des marchandises dans l’instant, tandis que le client peut envoyer la liste de ce qu’il veut à l’agent.

La marge d’un Daigou est d’environ 20 ou 30 % du prix, et la transaction est facile grâce aux plates-formes de paiement tierces comme Wechat et Alipay. Cette solution est rapide et instantanée, et évite le partage de données bancaires. Il y a deux façons de recevoir la marchandise : soit le Daigou rapporte lui-même le produit et a recours à un envoi domestique, soit il les expédie par transport international. Les frais d’envoi sont compris dans le calcul de la marge.

C’est une opération gagnant-gagnant, pour le vendeur qui veut arrondir ses fins de mois et pour l’acheteur qui peut éviter les taxes d’importations.

Commerce parallèle : le marché noir

En revanche, cette tendance a créé un marché noir : en effet le « marché Daigou » a été évalué en 2013 à 55 milliards de yuans (soit 8,8 milliards de dollars) ; en 2014 à 75 milliards de yuans (soit 12 milliards de dollars) soit une augmentation de 20 milliards de yuans; mais en 2015 à 43 milliards de yuans (soit 6,5 milliards de dollars), une baisse qui reflète un tournant. La pratique du Daigou n’est pas seulement illégale, mais représente aussi une perte : chaque achat effectué hors de Chine représente de l’argent qui n’est pas perçu par l’État.

Le gouvernement a pris des mesures pour lutter contre les Daigou, tout comme les marques de luxe. Le ministère des finances chinois a annoncé qu’il réduirait les taxes d’importations. Les taxes sur les vêtements passeraient d’entre 14 à 23 % à entre 7 et 10 %, et les taxes sur les chaussures seraient réduites d’entre 22 et 24 % à 12 % seulement. De plus Chanel, Gucci et Cartier ont fait quelques ajustements pour réduire les écarts de prix entre les marchés chinois et européens. Par exemple, une des marques de luxe a choisi de baisser ses prix en Chine et de les augmenter en Europe afin de réduire cet écart.

Pour les personnes nées à l’ère du numérique, il existe une autre façon d’obtenir des produits de luxe ou d’autres sortes. En effet avec le développement rapide du commerce électronique, il est maintenant possible d’acheter en ligne.

Haitao (海淘)

Avec l’émergence de la classe moyenne chinoise qui aspire à une « vie meilleure », et la croissance rapide du commerce électronique, il existe une nouvelle tendance : le « commerce électronique transfrontalier » (« cross-border e-commerce » en anglais). Le commerce transfrontalier est appelé en chinois Haitao (海淘). Le concept Haitao achète des marchandises à l’étranger sur internet, et garantit ainsi l’authenticité des produits.

Selon une étude récente, le commerce électronique transfrontalier dans le pays a atteint 4 200 milliards de yuans (soit 657 milliards de dollars US) en 2014, ce qui représente au total 13 400 milliards de yuans (soit 2 200 milliards de dollars US) de la part du marché du commerce électronique en Chine. La nation chinoise gagne aussi sa part dans le marché du commerce électronique. En effet selon le Research Center, les services douaniers et le commerce électronique de Chine, 18 millions de Chinois ont dépensé 140 milliards de yuans dans l’Haitao en 2014. Et le gouvernement soutient cette tendance. En août 2013, le Conseil des affaires d’État a adopté une politique favorable au commerce électronique transfrontalier avec six mesures visant à faciliter le processus, comprenant le dédouanement, l’inspection de la quarantaine, les droits de douane et les opérations de change.

Selon les lois fiscales à Shanghai, Hangzhou, Ningbo, Zhengzhou, Guangzhou, Shenzhen et Chongqing, chaque commande d’une valeur inférieure à 500 yuans (soit 82 $) est exemptée de droits de douane, tandis que chaque commande d’entre 500 et 1000 yuans est soumise à une taxe de 10 %, contre une moyenne de 40 % perçus d’ordinaire sur les produits importés. Le ministère du Commerce prévoit que le commerce électronique transfrontalier atteindra les 6 500 milliards de yuans il yen 2016, représentant ainsi 20 % du commerce total du pays. Le marché Haitao devrait atteindre mille milliards de yuans en 2018.

Daigou et Haitao sont les meilleurs moyens d’obtenir des produits étrangers sans quitter le pays. Avec l’essor de la classe moyenne qui aspire à une meilleure qualité de vie, acheter à l’étranger est la meilleure façon de garantir l’authenticité des produits. En ce qui concerne Daigou, le gouvernement essaye de contenir le marché noir qui gravite autour de ce phénomène en réduisant les taxes d’importation sur certains produits. Toutefois, le gouvernement appuie la tendance Haitao.

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